CREATIONS VISIO-SONORES 2025

La cage d’escalier

Les étudiant-e-s intègrent un programme artistique qui utilise l’espace de la cage d’escalier.

A partir d’un protocole artistique en musique et en arts visuels, il s’agit de mettre en œuvre une installation visio-sonore sur plusieurs étages

JOHN CAGE (partition) / MARCEL DUCHAMP Eliott Elisofon (photo)

Exercice n°1

Créer un outil artistique :

En partant de l’œuvre de Marcel Duchamp, 3 Stoppages-Etalons, chacun-e produit un mètre linéaire dans la cage d’escalier. Le but est de créer une nouvelle règle qui deviendra le support à une ligne et un forme graphique aléatoire.

Marche à suivre :

Mesurer un mètre ficelle

Lancer la ficelle dans les escaliers de façon à obtenir un mètre étalon

Voir exemple ci-dessous

Information sur le mètre étalon de Duchamp et le mètre étalon à Paris

https://www.centrepompidou.fr/fr/ressources/oeuvre/crb5LdB

Mètre étalon par Chalgrin / 36, rue de Vaugirard, Paris

lancer de la ficelle 1 m étalon

Un mètre étalon sur deux marches d’escalier. 6ème étage en montant au 7ème, avenue de Cour 33, Lausanne

« La vie est un flux incessant et donne naissance au concept d’Event » John CAGE

“Une multiplicité d’événements et de modes d’activité dans un lieu non conventionnel plonge l’auditeur- spectateur dans une situation complexe, d’expérimentation visio-sonore dont l’issue dépend en définitive des options de chacun.e. Il désigne sous le terme d’omni-attention la faculté, par le public, de porter tour à tour et à son gré son attention sur les sons, les mouvements des danseurs, les éléments de décor, les variations de lumière“

(…)

« L’événement semble alors, continue CAGE dans son journal, ‘D’affirmer cette vie, non pas pour faire surgir l’ordre du chaos ni de tenter d’améliorer la création, mais tout simplement pour nous éveiller à la vie même que nous vivons’

Olivier Lussac Fluxus et la musique, Presses du Réel, 2020

«  On le trouve déjà dans ses notes scolaires.

Macunias s’appuie sur un fondement remontant à Héraclite qui dans le fragment 91 affirmait « qu’on  ne peut entrer 2 fois dans la même fleuve ». En effet, Héraclite place au premier plan le devenir et l’écoulement ininterrompu du temps auquel est soumis tout ce qui est être et chose.

«  tout passe et rien ne demeure » Héraclite

PATTERN noun
1 a repeated decorative design …

  • a sample of cloth or wallpaper.
    Thesaurus dictionary PATTERN (nom masc, fr.)
    Étymol. et Hist. 1922 (H. Piéron in L’Année psychol. ds Quem. DDL t.25). Empr. à l’angl. pattern «modèle, type, patron».
    http://www.cnrtl.fr/etymologie/pattern/substantif
  • MOTIF / musique
    ♦ Motif (harmonique). Enchaînement(s) d’accords repris au cours d’un morceau. Il arrive parfois que deux ou même trois divertissements [dans une fugue] soient formés des mêmes motifs (Koechlin, Écrit. fugue,1933, p. 8).
    ♦ Motif (mélodique). Enchaînement de sons revenant plus ou moins librement. Les meilleurs procédés ne sont jamais assez sûrs (…) pour (…) guider le rythmicien à travers les variétés innombrables des motifs mélodiques (Mocquereau, Nombre mus. grégor.,1927, p. 341).
    ♦ Motif (rythmique). Ensemble de valeurs rythmiques pouvant se répéter indépendamment du contexte mélodique et harmonique.
    http://www.cnrtl.fr/etymologie/motif/substantif
  • an arrangement or sequence regularly found in comparable objects or events
  • a regular and intelligible form or sequence discernible in certain actions or
    situations
    2 a model or design used as a guide in needlework and other crafts.
  • a set of instructions to be followed in making a sewn or knitted item.
  • a wooden or metal model from which a mold is made for a casting.
  • an example for others to follow : he set the pattern for subsequent study.


Il s’agit d’un libre jeu de l’art, « comme un esprit sans conséquences non pas futile, mais évitant les prétentions liées à la personnalité de l’artiste ».

Olivier Lussac Fluxus et la musique, Presses du Réel, 2020

Référence MUS : 4’33, Cage Distribution de boules quies et écoute du silence (5mn)Partage d’expériences There’s no such thing as silence.Qu’est-ce que le silence ?Écoute de John Cage 4’33 pour orchestre : https://www.youtube.com/watch?v=AWVUp12XPpU
Élaboration d’une macro-œuvre à partir des différents projets Comment créer des liens entre les projets ?Macro-concept ? Collage ? Medley ?
Présentation de la macro-œuvre dans la cage d’escalier

REFERENCE EXERCICE N°1 :

MAC LOW Poésie visuelle et sonore THANKS (1960)

durée 10 min, publié dans « un anthology »

scénario : “N’importe quel nombre de musiciens produits n’importe quel choix de son(s), de mot(s), de phrase(s) (…) à répéter ad lib, ou non, avec des silences, et ensuite produire de nouveaux sons, un nouveau silence ”.

Consigne : peut être réalisé individuellement ou collectivement.

https://www.fondazionebonotto.org/en/collection/poetry/maclowjackson/document/1549.html?from=1536

Stabilité & instabilité et le risque d’être soi dans une pratique artistique

Gregory Sholette (2011). Dark Matter: Art and Politics in the

Age of Enterprise Culture, New York, London, Plutopress.

G. Sholette, nous rend attentif à ce que l’on pourrait nommer la posture de l’artiste face au monde et que nous pourrions reprendre à notre compte dans le domaine de l’enseignement. En art, nous choisissons soit une approche formaliste, soit des actions, des happenings (la stabilité, l’immobilité d’un côté, le mouvement de l’autre). Pour Sholette, les différentes postures que les étudiant.e.s en art choisissent sont :

Des actions, happening: avec des intentions de faire bouger les frontières, fédérer des éléments, éliminer la frontalité entre art et public, jouer avec le mouvement de l’autre, des lieux et envisager une approche sensible, accueillante et plurielle de l’histoire des individus, des espaces, des trajectoires.

Une approche formaliste produirait de la stabilité, mais aussi de l’immobilité, l’objet d’art esthétisant devenant de facto quelque chose de muséifiable dans une histoire linéaire individuelle ou collective.  

Partant des références comme Dewey, Beuys et Cage, Sholette ouvre une discussion sur le rôle de la transdisciplinarité artistique :

« Joseph Albers (Peintre du Bauhaus et professeur au Black Mountain College) pensait que l’art était au service de la société en développant ‘de meilleure forme’ comme ‘précondition à la production et au progrès culturel’. Étudier l’art, c’est faire de la recherche et du développement qui seraient ensuite intégrés aux expériences du monde réel .»

p 171 (librement traduit)

Cage, d’un autre côté, envisage l’expérimentation créative assez différemment, en privilégiant l’incertitude, le désordre et la perturbation au lieu d’une forme contemplative du design artistique, graphique, industriel. Il introduit la théorie de hasard dans la musique (…). Il enrôlé, en 1952 ‘des enseignants et des étudiants pour interpréter des instructions (consignes, protocoles) dans un temps déterminé, donnant lieu à de nombreux événements sans lien particulier entre eux, éparpillés dans l’espace de la performance’. Cela donne Theater Piece n° 1, ou tout simplement le happening (…). Il met en doute la foi en l’art comme médium que l’on peut tester pour améliorer la société à travers la recherche esthétique et le design.

Page 173 (librement traduit)

Pour ancrer le propos dans le domaine de l’enseignement:

Le monde de l’adulte ayant perdu sa capacité de voir les compétences intrinsèques de l’enfant et son pouvoir d’imaginer et de pratiquer le monde par des jeux symboliques, il a besoin de règles écrites, d’un préscrit culturel, d’une forme artistique scolaire, osant moins aller au-delà de l’existant culturel institutionnalisé, se coupant ainsi, d’une expérience artistique individuelle, collective située ici et maintenant.


EXERCICE N°2

du 17 mars 2025

« LE PAYSAGE MONTE AU SIXIEME »

Réverbérations du paysage sonore et visuel

Saisie de traces dans le paysage

fresque collective réalisée au sol avec l’ensemble des traces

« Fresqu’île »: la fresque comme partition musicale: le défi d’expérimenter et jouer dans la cage d’escalier devant un public improbable.

Déroulement de la séquence

  • dérive (jeu de piste) avec carnet et récolte
  • glâner une branche du parc par participant.e, générer un chant d’oiseau repéré, de vent, de matières sonores repérés dans le parc (via un qrcode ou par reproduction vocale).
  • composer une fresque à partir de quelques fragments et traces gardés pour un wallpainting de 3×3 mètres environ.
  • laisser des traces et faire monter un paysage visiosonore dans la cage d’escalier jusqu’au 6ème étage (cage d’escalier avec aimants comme support, niches, placer des éléments). La cage d’escalier peut servir de lieu d’exposition des phases de construction de ce paysage.
  • Le paysage prend la forme d’une oeuvre collective jouable visuellement par des lignes, du texte (jeu visuel) , des formes, des couleurs aquarellées.
  • Imaginer une partition sonore (chacun.e s’approprie un fragment sonore du chant des oiseaux présents dans le parc), la répétition d’une boucle sonore est jouée devant la fresque ou dans la cage d’escalier sur la base de THANKS (oeuvre de MC LOW).
  • PERFORMANCE SONORE DEVANT LA FRESQUE

Contraintes & jeu sonore

Avant la performance :

  1. Choisir une partie de la fresque et y attribuer un ou des sons vocaux.
  • Choisir une autre partie de la fresque et y attribuer un ou des sons instrumentaux.
  • Choisir une autre partie de la fresque et y attribuer un ou des gestes/mouvements/déplacements dans l’espace.

Pendant la performance :

  • Le chef d’orchestre (CO) fait un geste circulaire pour définir les parties de la fresque à exécuter.
  • L’exécution de la partie continue tant que la partie n’a pas été à nouveau encerclée.
  • Le CO peut désigner un ou des performers pour leur faire signe de :
    • Accélérer ou ralentir l’exécution: Moulin avec les mainsAmplifier/réduire le son ou les mouvements: Écart entre les mains.
    • Arrêter toute action: poings fermés

REFERENCES EXERCICE N°2


« L’art qui est un grand tout et au sein duquel cohabitent toutes sortes de pratiques, certaines liées à l’objet d’autres au langage, d’autres encore au réel, à la fiction, au corps, à la géographie (…). Je préfère ces catégories, à inventer, à questionner sans cesse, à celles liées à l’utilisation d’un outil ou d’une technique. »

Dominique Petitgand

In : Philippe Franck, City Sonic, les arts sonores dans la cité, dir. par, La lettre volée, coll. « Essais », Bruxelles, 2014, page 10.

La définition des avant-gardes

La définition des avant-gardes en musique et en arts plastiques (depuis Duchamp et Dada, Cage et Fluxus) nous aide à communiquer à ce sujet pour mettre en situation ce qu’est et signifie la performance dans le cadre d’un travail de groupe. Provoquer un changement de sensibilité, un regard critique face à l’esthétique signifie aussi prendre un risque et sortir de sa zone de confort. Cette dimension est plus aisée à vivre en groupe. Mais l’expérience n’est pas uniquement représentée pas la dimension performative où un aléa volontaire produit une recherche riches de traces, des jeux performatifs et des perceptions subjectives. Encore faut-il trouver du sens lorsqu’on n’a pas l’habitude de travail en artiste.

Car la présence artistique de son propre corps s’inscrit dans un act, la présence de soi à un monde extérieur regardant. Dans ce sens, jouer avec un groupe est une étape importante. Vu de l’extérieur, le comportement d’un groupe qui observe et s’attarde sur des éléments « étranges » semble déjà en soi une forme de transgression. Que font elles-ils ? Comment se rendre compte que notre perception est attachée à des espaces fonctionnels prédéterminés et donc aussi à des points de vue, des perspectives conventionnelles non problématisées culturellement.
Deuxième moment de sortie de la zone de confort, le moment de l’exposition des résultats artistiques, des recherches quand le tout trouve sa consolidation en fin de processus devant un public. C’est aussi au moment de la restitution que la mise en scène performative prend sa place dans un second temps.
Méthodologiquement, nous pouvons nous référer aux expériences pédagogiques du Black Mountain College, lorsque John Cage propose de jouer avec un temps donné (court), de lier le projet artistique à un protocole de travail où la contrainte artistique sous forme de partition qu’elle soit basée sur une série de gestes, de sons et d’actions est expérimentée, travaillée dans l’après-midi pour être jouée le soir.

(voir l’article de Emilie Vergé: https://www.slate.fr/tribune/86537/histoire-black-mountain-college, 2014, repéré le 14 mars 2025).

Cage, d’un autre côté, envisage l’expérimentation créative assez différemment, en privilégiant l’incertitude, le désordre et la perturbation au lieu d’une forme contemplative du design artistique, graphique, industriel. Il introduit la théorie de hasard dans la musique (…). Il enrôlé, en 1952 ‘des enseignant.es et des étudiant.es pour interpréter des instructions dans un temps déterminé, donnant lieu à de nombreux événements sans lien particulier entre eux, éparpillés dans l’espace de la performance’. Cela donne Theater Piece n° 1, ou tout simplement le happening (…). Il met en doute la foi de Dewey ou d’Albers en l’art comme médium que l’on peut tester pour améliorer la société à travers la recherche esthétique et le design (Sholette G., 2011. Dark Matter: Art and Politics in the Age of Enterprise Culture, New York, London, Plutopress. Page 173).
Une des règles que nous avons déterminer dans cette pratique de la dérive inspirée par les situationnistes, est la transgression. L’enquête exige parfois une prise de risque, de mobiliser une attention, les performances transgressant le quotidien par la mise en scène de soi (lorsqu’on grimpe sur un mur pour danser) ou lorsqu’on s’approprie un espace pour en faire son décorum.

l’omni-attention

John Cage appelle « l’omni-attention» : cette capacité d’être attentif à tout moment, à la fois aux sons, aux images, aux objets, aux paysages, aux mouvements du/des corps, au décor, à l’incidence de la lumière, aux éléments récoltés, le contexte historique, les interactions comiques, le tout étant ensuite rejoué. Créer une œuvre visiosonore s’appuie sur quelque chose de volontairement incertain tout en stimulant l’attention, ces phases servant par la suite à créer un événement et à choisir un lieu de performance devant un public, dans un espace improbable, détournés de son usage quotidien (couloir, salle de travail, espace vitré, etc…).


Quand l’artiste reprend des souvenirs de son enfance…

Laurent Estoppey, « ENVELO/P/E n°2 », 2018-2019

Laurent Estoppey est un musicien qui habite aux Etats-Unis et en Suisse. Afin de garder un contact avec l’ensemble de ses ami.es artistes, il se souvient d’un moment de son enfance lorsqu’au kiosque il achetait un paquet surprise (petits jouets, sucrerie,…). Il en reprend le concept et décide d’être curateur d’un paquet surprise (« l’envelope ») regroupant des propositions artistiques sur la base de 5 mots tirés d’un roman de son choix. Ici les propositions sur les 5 mots suivants:

« Dans chaque numéro, il réunit une quinzaine d’artistes des Etats-Unis et d’Europe, les invitant à créer une oeuvre basée sur un titre commun.

Chaque intervention devra tenir…dans une enveloppe.

Chaque numéro est produit en édition limitée de 100 exemplaires ».

http://laurentestoppey.com/envelope2

UNE ROSE / DES MOMIES / UNE POMME / DES SOUVENIRS / UN APPEL

Ce paquet surprise fut ouvert, exposé et joué à la libraire de la Louve à Lausanne (CH), le 12 juin 2019. Les oeuvres: films, textes, pièces sonores et musicales, dessins, peintures, photos à la sauvette, …

Les artistes Pascal Desarzens / Andrey Weathears / Mariabrice / Sapphocatherin / Steve Mitchell / Emily Leon / Cassandra Weston / Tilo Steireif / Leigh Ann Hallberg / Chris Vitiello / Olivier Cuendet / Sitvan Zelenka / Collectif HEP / Stuart Dischekk / Dragos Tara